Conseil écriture

Créer une atmosphère dans son livre : 5 petites astuces

Vous écrivez une nouvelle scène et vous souhaitez créer l’atmosphère qui donnera tout son réalisme à l’intrigue ? Découvrez nos 5 conseils pour y parvenir.

L’avez-vous déjà ressenti ? Je parle de ce sentiment de frustration qui vous envahit lorsque vous comprenez que votre plan génialissime a échoué ? En tant que romancier, j’adore cette idée de jouer avec les émotions du lecteur. De concevoir des intrigues dont les détails minutieusement exposés ici et là ne pourront que le pousser là où je l’ai exactement prévu. Imaginez une opération séduction : les événements semblent tout à fait classiques, mais ajoutez-y une ambiance parfaitement calibrée et votre cible s’aventure un peu plus loin, encore un tout petit peu plus loin. Jusqu’au moment où elle sera définitivement conquise. Mais il suffit que vous ayez laissé traîner une chaussette sale sur la table basse pour que votre victime succombe d’asphyxie avant que vous n’ayez eu le temps de conclure. Comment créer une atmosphère enivrante pour votre roman ? C’est le sujet d’aujourd’hui.

1 - Concevoir une stratégie bien ficelée

La mise au point de l’atmosphère d’un livre relève d’une véritable démarche de conception. Elle repose sur un travail soigné, une réflexion pour ne pas parler de planification. Les esprits les plus maniaques y voient trois étapes d’écriture :

  • Définir l’atmosphère recherchée. Il s’agit de poser des mots sur le ressenti que l’on veut transmettre au lecteur;
  • Mettre au point le plan d’action. Quels éléments de l’intrigue du roman vont contribuer à générer l’ambiance ? Le plan peut suggérer de créer l’angoisse d’un thriller en laissant entendre qu’un danger mortel rôde. Le mystère d’un livre policier peut provenir de la multitude de personnes stupéfaites par les faits. Le décalage entre les personnages et la situation peut créer l’ambiance légère d’une comédie;
  • Choisir les images à montrer au lecteur. Que feriez-vous si, au lieu d’écrire un roman, vous réalisiez des films ? Tout ne peut pas être dit. Créer une ambiance, c’est dire uniquement ce qui intensifie les sensations et omettre le reste.

Vous savez précisément ce que vous souhaitez dire. À partir de là, ce n’est plus qu’une question d’effet stylistique et de techniques d’écriture.>/p>

2 - Choisir ses mots avec tact

Ce n’est pas tant le cadre qui crée l’ambiance. Une petite ville peut aussi bien paraître lugubre, romantique, comique ou mystérieuse selon le point de vue du narrateur. Rien n’est moins objectif que la plume d’un écrivain.

Le choix des mots joue alors un rôle essentiel. Trois principaux concepts permettent de travailler l’effet recherché :

  • La sémantique des mots. Les auteurs francophones disposent d’une langue de choix pour décrire les événements avec nuances et subtilités;
  • Le double sens. Un même mot peut posséder plusieurs sens et s’employer dans des contextes différents. Il s’agit alors de construire une phrase qui possède une signification logique tout en évoquant d’autres idées glissées dans le texte à la manière d’images subliminales;
  • La musicalité. La sonorité d’un mot contribue à créer une ambiance fluide ou agressive selon les consonnes utilisées. Mais ça ne s’arrête pas aux lettres puisque des syllabes peuvent à leur tour évoquer des concepts ou se rapprocher d’autres mots.

Les noms propres possèdent cet avantage de pouvoir être montés de toute pièce. L’auteur peut alors construire des noms dont les sons évoquent exactement l’effet désiré. Qui n’a pas de frissons en entendant le son gothique de Hannibal Lecter ? Qui n’a pas rêvé d’aventures orientales en entendant le nom d’Indiana Jones ? Alors que vous prendrez volontiers un café avec une Mary Poppins, vous éviterez les conversations avec un Thénardier. Les patronymes des romans célèbres sont pleins de subtilités.

Pour bénéficier d’une totale liberté, certains auteurs vont jusqu’à détourner la grammaire et la syntaxe. Ces effets de rédaction extrêmes restent néanmoins plutôt réservés au style poétique.

3 - Titiller les 5 sens du lecteur, et un peu plus

Chacun connaît la célèbre expression « ne dites pas, montrez ». Les images et les sous-entendus produisent un narratif plus puissant qu’une description faite d’une série de « il y a ».

Les sons immergent plus profondément le lecteur. Ils participent à une ambiance morbide, mystérieuse, zen, romanesque… tout comme une musique d’ambiance lors d’un dîner. À l’inverse, certains écrivains prennent un malin plaisir à supprimer toute référence sonore de leurs textes pour créer la désagréable sensation de surdité, le calme avant la tempête ou une incapacité à percevoir une information vitale.

Mentionner l’odorat, le toucher ou le goût contribue également à créer une narration immersive pour le lecteur. Mais nos perceptions ne se limitent pas aux cinq sens. Certains évoquent la proprioception qui décrit notre capacité à ressentir la position de notre corps.

Mais c’est l’émotion qui nous invite à vivre pleinement l’atmosphère imaginée par l’auteur. Le lecteur capte alors l’atmosphère à travers les indices qui traduisent l’impact du cadre sur les différentes personnalités en présence.

4 - Rythmer ses textes pour une atmosphère inspirante

Le choix du rythme enferme le lecteur dans le mode de pensée prévu par l’auteur. Un rythme rapide crée une surcharge d’informations. Le lecteur n’a plus le temps de réfléchir, d’anticiper, de remarquer les détails ou d’imaginer des solutions pour le héros. Il étouffe sous la déferlante de mots. Il est excité sous l’impulsion de l’adrénaline.

De longues et lentes descriptions laissent place à l’enquête. La lecture laisse alors le temps pour l’analyse. Elles permettent de comprendre ce qu’il se passe, même quand il ne se passe rien. Elles suspendent le temps pour laisser les émotions s’exprimer de façon plus subtile.

Le rythme provient de plusieurs effets et en particulier :

  • de la longueur des phrases;
  • des figures de style, telles que la gradation qui enchaîne des mots similaires avec une connotation croissante;
  • du type de récit qui peut se placer dans l’action ou la description.

5 - Bien ventiler l’atmosphère

Les genres littéraires sont si nombreux qu’un auteur peut mixer tous synopsis avec toute atmosphère. Il est possible d’écrire des romans qui relèvent aussi bien des thrillers comiques dans un univers de fantasy, que des romans policiers romantiques de science-fiction ou, pourquoi pas, une romance d’horreur.

Le lauréat du prix Goncourt (soyons fous) pense avant tout à la cohérence entre les émotions qu’il souhaite créer et la façon dont les personnages perçoivent les événements.

Une certaine continuité contribue à écrire un manuscrit réaliste. L’atmosphère évolue avec les évènements sans pour autant propulser le lecteur d’un style à un autre. Le temps joue un rôle important. Il est peu probable que l’atmosphère puisse passer d’énigmatique à zen en un paragraphe. En revanche, à l’échelle d’une scène ou d’un chapitre, des événements majeurs peuvent bouleverser l’ambiance. En théorie, le dernier tome d’une trilogie peut se démarquer, sans casser la magie qui a fait le succès du premier roman.

Dans la pratique, certains auteurs jouent justement du contraste atmosphérique entre différentes parties de la publication. Il arrive, par exemple, qu’une œuvre dramatique introduise quelques chapitres plus légers comme une bouffée d’oxygène pour leurs lecteurs. Loin d’être un signe de compassion, ces écarts permettent avant tout de mieux enfoncer la tête du lecteur sous le flot d’émotions négatives à venir.

L’île aux trente cercueils est un roman français qui relate la détresse d’une femme poursuivie par d’étranges dangers mortels sur une île déserte. Le récit s’apparente à un roman noir, pour sa première partie, du moins. Puis, l’héroïne reçoit une carte improbable qui annonce l’intervention d’Arsène Lupin. Les ténèbres se dissipent instantanément, les mystères sont expliqués, le lecteur sait qu’il ne peut rien arriver de tragique. L’atmosphère est transformée. Si ce revirement illustre le fantastique impact du gentleman cambrioleur sur le public, beaucoup restent déroutés par cette œuvre aux deux visages.

Créer une ambiance bien à soi

Quel que soit votre genre littéraire, le pouvoir de la littérature provient de l’atmosphère qui se dégage de vos manuscrits. Il s’agit avant tout de :

  • bien définir ce que vous voulez montrer au lecteur;
  • concevoir une ambiance qui sert l’histoire et son évolution;
  • travailler la cohérence entre les émotions du lecteur et celles des personnages;
  • stimuler les 5 sens du lecteur;
  • choisir les mots.

Votre lecteur ne sait pas encore ce qu’il se trame, il prend une dernière inspiration et commence à lire. Mais attention, je crois que vous avez laissé traîner une chaussette sale.

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